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 MAI 68 : ESPRIT, ES-TU LÀ ?



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 Au sommaire
  Le documentaire
  Présentation des auteurs
  Interview de Philippe Cahn
  Interview de Karine Bonjour

Le documentaire

Samedi 26 avril à 16h20
France3 Limousin Poitou-Charentes vous propose :
--------- Mai 68, esprit es-tu là ? ----------
 >> Bande annonce <<

        Mai 68 a eu lieu il y a 40 ans et il semble bien que l’événement continue de «travailler» les Français ou, en tout cas, reste un repère inébranlable de leur histoire récente.

On est «d’avant»  ou «d’après» 68. On est parfois « soixante-huitard » et donc aujourd’hui «ancien soixante-huitard» qui rime de plus en plus avec «ringard». Ou bien on est arrivé après, on est «fils ou fille de soixante-huitard» qui rime souvent avec «trop tard».


        Ou bien on n’a aucun rapport avec cette affaire-là. Et on regarde approcher la période commémorative avec les mêmes questions qu’on se posait en regardant, il y a 40 ans, passer le train de cette histoire.

Ni étudiant, ni ouvrier, en quoi cela me concerne-t-il ?
Ni gaulliste, ni syndicaliste, de quelle manière suis-je impliqué ?
Ni féministe, ni tiers-mondiste, qu’ai-je à y gagner ?

        Il faut bien reconnaître que, dès qu’on s’éloigne de Paris, Mai 68 ne résonne pas, dans toutes les régions et parmi toutes les couches de la population, de la même façon, voire ne résonne pas du tout.

        Pourtant la donne sociale, politique et morale a radicalement changé au sein de la société toute entière. Et il faut reconnaître que Mai 68 influe, de près ou de loin, sur presque chaque parcours individuel depuis 40 ans.

 

Présentation des auteurs
Philippe Cahn

Mai 68
J’ai 12 ans et fréquente le Lycée Albert Schweitzer à Mulhouse. La ville ne nage pas dans la révolution et mis à part les bancs des élèves en fer à cheval autour du prof, il ne se passe pas grand-chose.  

1978
Je pars pour New York étudier le cinéma et la vidéo à New York University. 

1978 à 1988
Je réalise des films institutionnels pour des entreprises locales et françaises et co-produit avec le musée de la mode à Paris un film autour d’un créateur parisien « Manuel Canovas ».  

1988 à 1998
De retour en France, je continue à réaliser des documents pour des télévisions américaines. Des productions pour WGBH, Front line, Hard Copy sont diffusées sur des chaînes publiques (PBS) aux Etats Unis.  

1998 à 2008 Toujours en France, je réalise des documents vidéo en relief pour un spectacle de cabaret qui sera présenté au festival d’Avignon.   

2008
Je me prépare à ne pas célébrer le 40ème anniversaire de Mai 68 en co-réalisant un documentaire sur Mai 68.

Karine Bonjour

En 1968,
j’ai deux ans et je vis à Chartres.  

En mai 68, ma mère subit une opération chirurgicale importante et mon père fait la révolution. Pendant leur absence, je dessine sans arrêt la scène de nos retrouvailles.  

En 1978, tiraillée entre ma culture révolutionnaire et la préadolescence, j’écoute les disques de Jean Ferrat, mais j’achète ceux de Claude François.  

En 1988, j’ai la vingtaine et je me rêve artiste engagée à Saint-Germain-des-Prés. Dans la réalité, je vends des ordinateurs par téléphone et des petites annonces dans un journal gratuit.  

En 1998, j’ai la trentaine et je me rêve photographe de presse à l’Agence Magnum. Dans la réalité, je réalise la bande son de l’expo « 1968 : Magnum dans le monde » présentée à la Sorbonne et lors des Rencontres Photo d’Arles. Henri Cartier-Bresson trouve que le son est trop fort.  

En 2008, j’ai 42 ans et je me rêve enfant de 68, citoyenne engagée et artiste rebelle. Dans la réalité, je fais de mon mieux !

Interview de Philippe Cahn

- Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?
Pour le fric !
Non, c’est pas vrai ! Sans doute la volonté de transmettre aux jeunes "deux mille huitards " l’'envie de bouger, de sortir de l’'individualisme acharné qui caractérise si fortement notre époque.  

- Comment abordez-vous le sujet ?
A la nage ! Pour de vrai, on a demandé à des tas de gens, connus ou pas, comment ils ont traversé cette époque, comment ce moment a pu les marquer durablement. Pour certains, il ne s'est rien passé du tout, pour d'autres, leurs vies ont été compètement bousculées ! Passionnant ! On tenait aussi à transmettre la notion de fête et de joie qui a caractérisé cette période en faisant un montage assez ludique avec des animations sympa.  

- Parlez-nous des moments forts du tournage, avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
On a été très content de pouvoir avoir un bref rayon de soleil durant notre tournage d'’une semaine à Limoges, cela nous a permis de tourner très très vite un plan en extérieur pour illustrer la vie rurale à l'époque.  

- Après cette expérience, quel regard portez-vous sur cette période ?
Je rejoins les points de vue de beaucoup de nos témoins qui disent que les questions posées à l'époque restent d'actualité, qu'il ne faut pas s'endormir !

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Interview de Karine Bonjour


- Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?
Au départ, j’ai écrit ce film avec beaucoup d’ironie vis-à-vis de 68 et des soixante-huitards. Il s’agissait plutôt de relativiser le mouvement. Parce que, un peu comme une sale gosse, j’étais jalouse de l’admiration que mes parents soixante-huitards provoquent dans le regard de leurs petits-enfants. Et aussi parce que, en 1998, j’ai collaboré à une expo de l’agence de presse Magnum qui retraçait tous les événements marquants de l’année 68 dans le monde et il faut bien reconnaître que, en termes de faits d’actualité, il s’est passé des choses bien plus importantes, frappantes, dramatiques ailleurs qu’à Paris cette année-là. J’en étais donc là de mes mauvaises intentions, lorsque le Président de la République a éprouvé le besoin de balayer d’un revers du bouton de manchette « l’héritage de 68 ». Comme s’il avait appuyé sur un bouton, j’ai fait un bond, me remémorant l’après-68 à la maison : les classes sociales qui se mélangent autour d’une discussion libre, les femmes qui fument et se réjouissent de choisir leur vie, l’accueil de réfugiés étrangers, le militantisme comme moteur et puis aussi les fêtes, les voyages, l’Art qui s’insinue partout. Bref la pichenette présidentielle, en me remettant les idées en place, a modifié l’intention de ce film. Il s’agissait toujours de relativiser la participation, l’implication des Français dans les événements, MAIS AUSSI de restituer toute l’influence de ces événements sur les changements qui se sont, à partir de là, opérés dans la vie de TOUS les Français (ou presque).

- Comment abordez-vous le sujet ?
Nous avons d’abord mené une enquête sur l’état de la société française juste avant mai 68. Elle est apparue majoritairement provinciale et rurale, plutôt catholique et gaulliste, assez peu intéressée par ce qui se passait en dehors de frontières. Je n’oublie évidemment pas tous ceux qui, au contraire, s’opposaient au pouvoir, s’intéressaient à la Guerre du Vietnam et laissaient leurs enfants parler à table. Ils existaient mais n’étaient vraiment pas majoritaires ! Ce constat fait, nous avons donc cherché à rencontrer des personnes représentatives de cette société des années 60 à travers différentes régions de France. Par ailleurs, il fallait aussi rendre compte des événements sociaux qui avaient marqué la province. En suivant un fil chronologique, le film propose ainsi un regard avant/après sur cette période, vue de la province et de la campagne.


-Parlez-nous des moments forts du tournage, avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Je n’ai assisté qu’aux tournages en Limousin et à Paris. Philippe Cahn, lui, les a tous faits. A Limoges, ce qui m’a terriblement impressionnée, c’est la sublime Maison du Peuple où nous avons eu l’autorisation de tourner tous les entretiens liés au monde industriel. Cet endroit est fascinant ! Sorti tout droit des années 30, chargé d’une histoire sociale riche et de représentations graphiques très « lendemains qui chantent », il suffit d’y pénétrer pour entendre les échos de réunions publiques agitées, comme elles ont dû s’y succéder aux périodes les plus « chaudes ». Débuter un tournage sur 68 dans une salle où ont débattu, pique-niqué, parfois dormi les travailleurs limousins à cette période était tout simplement magique. Il serait d’ailleurs juste et indispensable de lui offrir la rénovation dont elle a besoin, me semble-t-il.
Mais ce qui m’a le plus émue, ce sont ces témoignages quasi unanimes qui disent les bouleversements intimes, profonds, provoqués par les événements de mai dans leur vie d’homme et de femme. C’est vrai que, si on n’a pas conscience de l’état de rigidité de la France juste avant Mai, on ne peut pas donner à 68 toute sa place dans l’histoire.

-Après cette expérience, quel regard portez-vous sur cette période ?
1 - Je regarde, moi aussi, mes parents avec admiration.
2 – Je considère dorénavant que tout individu qui essaie de liquider l’héritage de 68 se comporte comme un sale gosse. (et je sais de quoi je parle)

samedi 26 avril
16h20
 Forum
Axe majeur de la production France 3, le documentaire participe à la création audiovisuelle régionale.
 13 au sud : le blog

Le blog
Un documentaire de :
Karine Bonjour et Philippe Cahn
Coproduction :
France3 Limousin Poitou-Charentes / Bourgogne Franche-Comté / Sud / Aquitaine / Treize au sud